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Macron et Dati, droitisation et transgression
information fournie par AFP 20/03/2026 à 11:58

Le président Emmanuel Macron et Rachida Dati, alors ministre de la Culture, le 7 novembre 2025 à Mexico ( AFP / Ludovic MARIN )

Le président Emmanuel Macron et Rachida Dati, alors ministre de la Culture, le 7 novembre 2025 à Mexico ( AFP / Ludovic MARIN )

Rachida Dati, aux "antipodes" du macronisme historique, est devenue l'une des figures politiques préférées d'Emmanuel Macron à la faveur d'une certaine "droitisation" du chef de l'Etat. Mais aussi, voire surtout, de sa fascination pour un profil décrit autour de lui comme "transgressif".

"Le président prendra les maires que les Français lui donnent", répète son entourage entre les deux tours des municipales.

Traduction: il ne s'immisce pas dans ces élections. A une exception près: Paris.

"Je suis la candidate à la mairie de Paris soutenue par Emmanuel Macron", avait affirmé Rachida Dati fin février en quittant le gouvernement. Et ce alors que le parti présidentiel, Renaissance, avait fait le choix de ne pas adouber la candidate Les Républicains mais plutôt Pierre-Yves Bournazel, un proche d'Edouard Philippe.

Dès le soir du premier tour, le chef de l'Etat a personnellement appelé l'ex-Premier ministre, malgré leurs relations distendues, pour inciter à l'alliance entre ces deux listes.

Jeudi, il a toutefois démenti être intervenu aussi en faveur du retrait de la candidate d'extrême droite Sarah Knafo, comme l'en accusait le socialiste Emmanuel Grégoire, taclé pour sa "fébrilité".

Brigitte Macron (G) et Rachida Dati, le 9 juillet 2025 à Londres ( POOL / Ludovic MARIN )

Brigitte Macron (G) et Rachida Dati, le 9 juillet 2025 à Londres ( POOL / Ludovic MARIN )

"C'est étonnant de voir Emmanuel Macron mouiller la chemise pour l'adversaire d'Emmanuel Grégoire", alors que le candidat socialiste "est beaucoup plus proche de ce qu'a été le macronisme originel", dit à l'AFP Vincent Martigny, professeur en sciences politiques à l'université de Nice.

Rachida Dati la sarkozyste "bling-bling", qui sera jugée en septembre pour corruption et trafic d'influence, "c'est aux antipodes du Macron de 2017", lâche plus crûment un ancien conseiller du président au sujet du chantre du progressisme et du "dépassement" des clivages politiques qu'il était à son arrivée l'Elysée.

- "Un peu pitbull" -

Certains soutiens historiques ont d'ailleurs pris leurs distances, comme Philippe Grangeon, ex-conseiller spécial d'Emmanuel Macron, qui a annoncé dans une tribune dans L'Opinion qu'il voterait Emmanuel Grégoire plutôt que Rachida Dati, "devenue de facto la candidate choisie par l'extrême droite", et dont il a dit ne partager "ni le projet ni les valeurs".

Mais le Macron de 2026 n'est pas celui d'il y a neuf ans.

"C'est un président de centre-droit, ses alliances se font à droite", analyse Vincent Martigny.

La candidate LR à la mairie de Paris, Rachida Dati, après les résultats du 1er tour des municipales, le 15 mars 2026 à Paris ( AFP / Thomas SAMSON )

La candidate LR à la mairie de Paris, Rachida Dati, après les résultats du 1er tour des municipales, le 15 mars 2026 à Paris ( AFP / Thomas SAMSON )

Même en macronie, beaucoup reconnaissent cette "droitisation". "C'est sans débat", dit un ex-ministre de l'aile gauche. "Pas besoin d'être un génie pour voir qu'il s'est droitisé", acquiesce une ministre actuelle plus proche de l'aile droite.

Quand, début 2024, Emmanuel Macron convainc cette figure LR de devenir ministre de la Culture, c'est avant tout une nouvelle "prise" à droite, qui plus est d'une personnalité populaire.

Dans ce rapprochement, le rôle de Brigitte Macron, qui apprécie Rachida Dati, est rapporté par plusieurs proches du président.

Conclut-il alors un "deal", ralliement contre soutien pour Paris, ambition ultime de la nouvelle recrue? "Forcément, elle lit sa nomination comme un futur soutien", reconnaît un familier des deux.

Rapidement, elle s'impose comme une avocate de choc du chef de l'Etat dans les médias, et le reste, avec une poignée d'autres, même quand la macronie commence à se déliter. Une loyauté récompensée par un soutien jusqu'au bout.

Tous s'accordent aussi pour voir une autre dimension de cette proximité.

"C'est comme François Mitterrand qui s'amourache de Bernard Tapie: le président, il aime les fortes personnalités, tranchées et tranchantes, qui sont debout dans la mitraille" face aux attaques, rapporte son ancien conseiller. "Une fascination pour le côté un peu canaille, un peu pitbull, de Dati", complète un allié centriste.

"Elle le fait marrer, avec son côté sans gêne", estime la ministre de l'aile droite, quand le macroniste parisien évoque "un peu de courtisanerie aussi" de la part de celle qui "dit du bien du président".

L'entourage présidentiel tente de théoriser cette relation dont il reconnaît qu'elle est a priori contre-intuitive.

"Ce qui est beau dans le dépassement macronien, c'est qu'il va chercher des gens avec qui il n'est pas d'accord", dit un très proche du chef de l'Etat.

"Certains voient le côté brutal de Dati. Macron voit l'aspect méritocratie, le fait qu'elle casse les codes, la lutte contre l'assignation à résidence", elle qui, née d'une mère d'origine algérienne et d'un père d'origine marocaine, a grandi dans une famille nombreuse dans une cité HLM.

Autant de marqueurs du macronisme originel.

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